1918,entre guerre et paix

Il y a 100 ans, la fin de la 1ère guerre mondiale.

L'exposition "1918, entre Guerre et Paix" vous propose de revenir sur les moments ayant précédé ou suivi l'armistice du 11 novembre 1918. Elle brosse le portrait d'un territoire, celui du futur département des Hauts-de-Seine, tout entier tourné vers l'effort de guerre, et qui progressivement revient à un état de paix. Elle vous emmène partager le quotidien d’hommes et de femmes pendant la Grande guerre et parcourir les lieux chargés d’Histoire et de souvenirs qui jalonnent le Département.

Lettre de Lucien à Marguerite

« J’ai vu les journaux hier, on ne parlait pas de Paix ; on attend chaque soir pour voir s’il y aura du nouveau quelle joie si bientôt on voyait arriver la délivrance. »

15 octobre 1918

11 novembre 1918, 11h du matin : l’armistice, signé le jour même à 5h40, entre en vigueur.
C’est une onde de choc. Dans les pays alliés, des foules innombrables manifestent leur joie. On célèbre la fin d’un conflit qui a trop longtemps duré, et pour les Français, une victoire qui signifie le retour de l’Alsace et de la Lorraine. A la Chambre des députés puis au Sénat, après la lecture de l’armistice, le président du Conseil Georges Clemenceau prononce : "Salut à l'Alsace et à la Lorraine enfin retrouvées."

11 novembre 1918

L'Armistice est signé

Yvonne, notes dans son agenda

« L’armistice a été signée à 6h du matin. A 11h les cloches sonnent et canon. L’effervescence est énorme. On ne peut trouver de drapeaux. […] En revenant nous traversons la place de l’Opéra remplie d’une foule bruyante parmi laquelle beaucoup d’Américains. Des poilus grimpés sur les murs de l’Opéra jouent les hymnes alliés. »

11 novembre 1918

Les conditions de vie des civils

Dès le début de la guerre, Paris et sa banlieue sont exposés aux bombardements et aux destructions. Les civils deviennent des cibles. Zeppelins, avions et canons à longue portée bombardent les Hauts-Seine. La défense passive s’organise par la mise en place d’un réseau de surveillance et d’alertes. Des tranches-abris sont creusées et les caves sont recensées pour protéger la population. Les mesures de protection en cas de bombardement sont relayées par voie de presse et d’affichage. Une économie nouvelle se développe avec  la question du ravitaillement et le rationnement des denrées.

Les bombardements

Pour Paris et sa banlieue, de 1914 à 1918, le danger est venu du ciel : zeppelins, avions et canons à longue portée ont bombardé la région parisienne de 1915 à 1917, puis surtout en 1918. Si le bilan humain de ces bombardements peut paraître léger, il s’agit toutefois d’un tournant dans la manière de mener les guerres : les civils sont une cible, notamment afin de « casser » le moral de l’arrière, et ne sont plus en sécurité, même loin du front.

Dès 1914, des « Tauben » allemands survolent la banlieue ouest, sans conséquence pour les communes de notre département. Mais en 1915, des zeppelins lâchent 58 bombes sur Levallois-Perret, Bois-Colombes, La Garenne-Colombes, Courbevoie, Asnières et Gennevilliers, provoquant la destruction de quelques bâtiments. Si ces bombardements par avions causent quelques dégâts matériels sur notre territoire, ils ne font néanmoins pas de victimes.

Les communes des Hauts-de-Seine ne sont ensuite pas touchées par les quelques attaques d’avions et zeppelins des années 1916 et 1917. Mais l’année 1918 est celle de tous les dangers. Les incursions des bombardiers surnommés « Gotha » se multiplient, parfois avec des escadrilles de plusieurs dizaines d’appareils. Du 30 janvier au 16 septembre 1918, ce ne sont pas moins de 31 raids qui sont signalés dans le ciel parisien. A partir du mois de mars, des tirs de canons à longue portée en journée viennent s’ajouter à ces survols nocturnes, mettant les nerfs de la population à rude épreuve.

En effet, le 23 mars 1918, Paris et sa banlieue sont également atteints par des projectiles en pleine journée, alors qu’il n’y a manifestement pas d’avions dans le ciel. Les autorités, puis la population, comprennent assez rapidement que les Allemands ont mis au point un canon capable de tirer depuis la ligne de front, distante de plus de 120 km.

Cette arme, qui a nécessité plusieurs années de mise au point par les ingénieurs des usines Krupp, est installée près de Crépy-en-Laonnais, où sont positionnés en fait trois canons du même type, tirant à tour de rôle.

Ces canons, surnommés « Berthas » par analogie à ceux ayant servi en Belgique en 1914, visent Paris, et plus précisément, la cathédrale Notre-Dame. Mais de nombreux obus atteignent la banlieue, suivant un axe Nord-Est / Sud-Ouest.

Paris et sa banlieue ont ainsi été frappés par 320 projectiles au cours de 44 jours de bombardement, causant la mort de 256 personnes et en blessant 625. Le bombardement le plus meurtrier est celui du 29 mars 1918, un obus touchant la voûte de l’église Saint-Gervais, pendant un office (91 tués et 88 blessés). Les communes des Hauts-de-Seine ont été touchées à 35 reprises, on déplore cinq morts (deux à Malakoff le 11 avril 1918, un à Fontenay-aux-Roses le 27 mai 1918, deux à Vanves le 5 août 1918) et une vingtaine de blessés.

A. Desormeaux, notes au jour le jour des événements arrivés à Clichy

« Bertha a tiré aujourd’hui dans l’après-midi. Une femme a été tuée, dit le communiqué officiel. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’au lieu de fuir, les gens allaient par colonnes voir les points de chute, au risque d’être bombardés »

14 avril 1918

La défense passive

Août 1914, premier mois de guerre, déjà des avions allemands survolent Paris et sa banlieue. Mais plutôt que de provoquer la panique, ces premiers survols attisent au contraire la curiosité de la population, qui sort observer les avions.

Ce n’est que début 1915 que sont prises les premières mesures afin d’assurer la sécurité du camp retranché de Paris contre les « aéronefs ennemis », notamment la nuit : il est décidé de baisser l’intensité de l’éclairage. Après le bombardement par zeppelins du 21 mars 1915, et plus encore après celui sur Paris en janvier 1916, les mesures concernant l’éclairage deviennent draconiennes lors des alertes : ainsi toutes les lumières doivent être éteintes.

Les alertes sont données dès qu’un raid aérien est signalé : les sirènes des pompiers, ainsi que des sirènes fixes, sonnent. La « berloque » (batterie de tambour ou sonnerie de clairon) signifie la fin de l’alerte.

Les bombes lancées par les zeppelins et avions allemands provoquant de plus en plus de dégâts, la population est invitée à partir de 1918 à se réfugier dans des abris lors des alertes. Précisément recensées, ce sont surtout les caves qui servent pour les immeubles comptant au moins six étages. En dessous de six étages, on estime que l’immeuble ne pourra amortir le choc d’une bombe, et que les caves ne constituent donc pas un abri sûr. Dans le cas des maisons isolées, il est préconisé de creuser des tranchées-abris.

Le rationnement

Lettre de Lucien à Marguerite 

«Tu me dis que tu as fait ton carnet de sucre, mais tu me dis bien que les riches ont sans aucun doute fait des provisions et qu’ils se foutent pas mal de la taxation ; quand donc la fin de toutes ces conneries.»

26 février 1917

L’ordre de mobilisation générale exige immédiatement la réquisition « des animaux, voitures et harnais nécessaires aux armées ». Puis les difficultés rencontrées par le départ des hommes, les nombreuses réquisitions d’autres objets ou outils de la vie courante nécessitée par l'économie de guerre et la proximité de l'ennemi entraînent la mise en place de mesures pour gérer le quotidien à l'arrière. Ces instructions sont relayées et adaptées aux situations locales, par les municipalités qui en informent leurs administrés par voie d’affichage.

La question du ravitaillement apparaît très rapidement comme essentielle, le rationnement de certaines denrées est de mise. Les premières cartes de sucre, de pain et de charbon sont établies dès 1917. Néanmoins le rationnement n’est généralisé qu’en février 1918 et chaque Français reçoit alors sa carte individuelle d’alimentation - 6 catégories de carte selon l’âge et le type d’activité - qui sera utilisée jusqu’en 1919. Le rationnement civil se termine officiellement en octobre 1920.

L'effort de guerre

Pendant cette guerre longue et meurtrière, le rôle des civils est décisif. La société civile se mobilise et les Hauts-de-Seine sont un territoire stratégique qui participe activement à l'effort national. Neuilly,Issy-Les-Moulineaux, Boulogne, Suresnes … ces villes abritent des hôpitaux, des casernes et usines de guerre qui œuvrent pour le front et la défense du pays. La main d’œuvre féminine devient indispensable pour fabriquer des munitions et continuer l’effort de guerre.

Les hôpitaux

Avec les premiers combats dès le début du conflit, les blessés affluent. Les hôpitaux militaires existants en temps de paix ne peuvent subvenir aux besoins massifs de soins,aussi un ensemble d’hôpitaux temporaires vient rapidement compléter l’offre de traitements partout en France. Le territoire des Hauts-de-Seine est relativement proche du front et à proximité immédiate de Paris et Versailles, où sont situés cinq hôpitaux militaires. De plus,certaines communes comportent une population aisée et volontiers philanthropique.

Ces facteurs expliquent que nos communes proposent,entre 1914 et 1918, plus de 80 établissements de soins, situés dans des bâtiments publics réquisitionnés ou des bâtiments privés mis à disposition. Ces hôpitaux sont de trois types :

- les hôpitaux annexes (ou complémentaires) des hôpitaux militaires de Paris ou Versailles,gérés directement par le Service de santé militaire. C’est le cas par exemple du lycée Michelet de Vanves (800 lits) ou de l’école Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux, annexes de l’hôpital Larray de Versailles.
- les hôpitaux auxiliaires, également sous administration militaire, mais dont le fonctionnement est délégué à des sociétés d’assistance de la Croix-Rouge,homologuées par le ministère de la Guerre, comme la Société de secours aux blessés militaires (SSBM), l’Association des dames françaises (ADF) et l’Union des femmes de France (UFF).
Ces formations sont les plus nombreuses sur le territoire des Hauts-de-Seine.

L'hôpital canadien de Saint-Cloud

L'hôpital canadien de Saint-Cloud


- Les hôpitaux bénévoles : dus à de nombreuses initiatives privées, ces établissements sont alors gérés par des associations ou des œuvres charitables. C’est le cas de deux des plus importantes formations de santé établies dans notre département : l’ambulance américaine de Neuilly(financée par les Américains établis en France) et l’hôpital canadien de Saint-Cloud. Ces hôpitaux traitent de blessures graves, tandis que les soldats souffrant de blessures « légères »(c'est-à-dire pouvant guérir en cinq semaines) restent à proximité du front. Les plus durement touchés ou malades sont évacués vers les établissements de l’arrière dès que leur état le permet.

A Desormeaux, notes au jour le jour des événements arrivés à Clichy

« Onze blessés des combats autour de Reims ont été amenés hier soir. D’après les sœurs, lorsqu’ils sont arrivés, ils étaient dans un état de dépression lamentable […] Plusieurs sont blessés aux mains, d’autres ont les jambes ou les bras brisés par des balles ou des éclats d’obus ».

20 septembre 1914

Les usines de guerre

Dès la fin de l’année 1914, il devient évident que le conflit sera long et nécessitera un effort primordial de l’industrie. Comme partout en France, la plupart des usines présentes sur le territoire des Hauts-de-Seine deviennent autant d’ « usines de guerre ». A partir de 1915, les entreprises susceptibles de répondre à la demande reçoivent ce statut, qui permet d’obtenir des dérogations pour agrandir leurs ateliers ou en installer de nouveaux. Ainsi, au-delà des entreprises déjà présentes produisant des munitions (Gevelot à Issy-les-Moulineaux et Meudon), le dense tissu industriel est mis à profit pour l’effort de guerre, notamment les nombreuses usines de cycles, d’automobiles ou d’avions.

La quasi-totalité de celles-ci sont reconverties : l’usine automobile Darracq (Suresnes) fabrique des obus, tandis que Renault (Boulogne) met au point le premier char d’assaut français.

Le char Renault FT17

Le char Renault FT17

Les fabricants d’avions sont évidemment mis à contribution : Caudron, Voisin et Nieuport à Issy-les-Moulineaux, Salmson et Farman à Boulogne, Blériot à Suresnes. L’effort de guerre de l’industrie implique l’utilisation d’une main-d’œuvre abondante : les usines Renault emploient plus de 22 000 personnes (contre 3 000 avant le début de la guerre), tandis que plus de 27 000 ouvriers travaillent dans les usines d’aviation des communes des Hauts-de-Seine.

L’accueil de la main-d’œuvre féminine est indispensable pour répondre aux commandes.Contrairement à l’idée généralement admise, la Grande Guerre ne marque pas l’entrée des femmes dans le monde du travail. En fait, plus encore qu’un accroissement substantiel du nombre de femmes actives, il s’agit d’une nouvelle orientation de ces dernières vers d’autres métiers jusque-là encore peu exercés. Ainsi, les femmes représentent un quart des effectifs des usines d’aviation. Cependant leur activité principale reste la fabrication des munitions, d’où leur surnom de « munitionnettes ». Cette contribution féminine représente un rôle crucial dans le déroulement de la guerre et un hommage leur est rendu par le maréchal Joseph Joffre qui déclare : « Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre ! »

Travail dans les usines de guerre.

Lettre de Lucien à Marguerite

« Ne m’envoie pas d’argent, je puis attendre la fin du mois, ne te fais pas de mauvais sang pour ça, ma Margot chérie. Je t’enverrai le plus que je pourrai, mais reste à la maison, je ne veux pas que tu turbines ça te ferait du bobo »

24 septembre 1917

Les établissements militaires

L’armée dispose de nombreux établissements sur le territoire des Hauts-de-Seine. Certains sont anciens et existaient avant le conflit, comme la caserne Sully, à Saint-Cloud, construite en 1827 pour les gardes du corps du Roi, et qui, depuis 1832, sert au casernement des troupes.

En 1914, c’est le 101e régiment d’infanterie qui y stationne et qui part au front dès le 7 août. La caserne est alors affectée comme dépôt au 62e régiment d’artillerie de campagne.

De son côté, Puteaux abrite depuis 1866 la Fabrique de matériels destinés aux établissements militaires, qui devient propriété de l’Etat en 1875. L’Arsenal de Puteaux met au point de nombreux équipements militaires, dont le fameux canon de 75 utilisé par l’armée française et les armées alliées de 1914 à 1918.

La guerre a également nécessité la création de nouveaux services de l’armée. Il en va ainsi du Dépôt de matériel automobile et de personnel (DMAP), installé à Boulogne, au 149 rue de Silly, qui s’occupe de l’entretien des automobiles et camions et forme également les conducteurs. Des milliers de véhicules passent ainsi par Boulogne qui devient un vaste garage à ciel ouvert. À Vanves, ce sont plusieurs millions d’uniformes militaires qui sont stockés dans le magasin général de l’habillement et du harnachement, rue Larmeroux. Ce dépôt, relié au réseau des chemins de fer, a fonctionné pendant toute la durée de la guerre et expédié quotidiennement des vêtements vers le front.

Enfin les forêts des Hauts-de-Seine servent de terrains d’entraînement, comme le bois de Saint-Cucufa (Rueil) pour tester divers engins, ou encore la forêt de Meudon où sont mis au point les chars d’assaut français, notamment le char Renault FT17.

Paix et souvenirs

Date de commémoration symbolique, le 11 novembre 1918 ne marque pas tout à fait la fin de la guerre. La paix avec l'Allemagne est officiellement déclarée avec le traité de Versailles le 28 juin 1919. Le territoire des Hauts-de-Seine est aussi le théâtre de la signature de deux traités, avec des alliés de l'Allemagne, à Neuilly-sur-Seine et à Sèvres. La fin de la guerre est surtout synonyme de reconstruction et de mémoire. Des monuments aux morts s’érigent dans chaque commune et des cérémonies de médailles s’organisent pour honorer les combattants et les civils meurtris par ce conflit.

Les traités de paix

La guerre terminée, il faut organiser les modalités de la paix.

Le traité de Versailles, entre les Alliés et l’Allemagne, est signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 28 juin 1919. S’ensuivent quatre autres traités qui concernent les pays ayant combattu aux côtés de l’Allemagne.

Ainsi, le traité de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919) fixe les modalités de la paix avec l’Autriche et entérine la fin de l’empire d’Autriche-Hongrie. Le traité de Trianon (4 juin 1920) traite plus spécifiquement de la Hongrie.

Les deux autres traités sont signés dans les Hauts-de-Seine. Le 27 novembre 1919 est signé à l’hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine, en présence notamment de Georges Clemenceau, le traité concernant la redéfinition des frontières de la Bulgarie, entrée en guerre au côté de l’Allemagne en 1915.

Signature du traité de Neuilly

Enfin, la manufacture de Sèvres est le théâtre de la signature du 5e et dernier traité de paix : le 10 août 1920 est conclu le traité relatif à l’Empire ottoman qui perd de nombreux territoires (Palestine, Irak, Arabie, Syrie, Liban),placés sous mandats britannique ou français.

Le vieil Empire ottoman, créé en 1299, disparaît définitivement en 1923.

Les lieux de mémoire

Le cimetière américain

En novembre 1917, le préfet de la Seine transmet à toutes les communes de l’ouest parisien une demande de l’armée américaine qui cherche un terrain pour y établir un cimetière « destiné à l’inhumation des morts de leurs hôpitaux de Paris et du département de la Seine ».

La ville de Suresnes répond rapidement à cet appel : une délibération du conseil municipal du 28 décembre 1917 fait don d’un terrain de 3600 mètres carrés, «gratuitement et à perpétuité », sur les coteaux du Mont-Valérien.

Le 30 mai 1919, Thomas Woodrow Wilson, président des Etats-Unis, présent en France afin de négocier les termes du futur traité de Versailles, inaugure le cimetière américain de Suresnes. 1541 soldats américains reposent dans ce lieu, il s’agit de soldats morts des suites de leurs blessures dans les hôpitaux parisiens et du département de la Seine (notamment l’ambulance américaine de Neuilly), ou lors de l’épidémie de grippe espagnole.

Le président Wilson lors de l'inauguration du cimetière américain de Suresnes.

Le président Wilson lors de l'inauguration du cimetière américain de Suresnes.

Des édifices à la mémoire des morts pour la patrie

Au sortir de la première guerre mondiale, pour la France, les pertes uniquement militaires, représentent près de 1 360 000 tués. Devant ce désastre humain,sans équivalent dans l’histoire, il convient de rendre hommage à tous ces soldats ayant combattu pour la patrie. Cette considération, recevant l’approbation générale, prend diverses formes et concerne les combattants pris personnellement ou collectivement. Si la plupart des corps des soldats français morts au front reposent dans des cimetières militaires près des champs de bataille, la quasi-totalité des villes et villages de France décide néanmoins d’honorer la mémoire des enfants de leur cité qui ont perdu la vie.

Ainsi, dès la fin des hostilités, un vaste mouvement de mémoire et de deuil conduit à la construction de monuments aux morts, édifices des plus modestes aux plus grandioses qui comprennent parfois des cryptes, où sont gravés les noms des morts pour la patrie.Sur tout le territoire des Hauts-de-Seine, comme presque partout en France, dès 1919 et durant toute la décennie suivante, des monuments aux morts vont être construits sous la responsabilité des Conseils municipaux. Les Conseils généraux accordent leur concours par l’octroi de subventions et les entreprises privées apportent également leur soutien financier. De même, des souscriptions ouvertes par de comités de soutien collectent les dons des particuliers qui sont sollicités par voie d’affiches ou de publications dans la presse.

Les monuments aux morts dans les Hauts-de-Seine

La plupart des monuments sont inaugurés dans les années 1920 : en 1920 à Clichy, 1921 à Chaville et Vaucresson, 1922 à Bagneux, Montrouge et Fontenay-aux-Roses, 1923 à Antony, Colombes, Courbevoie et Rueil, en 1927 à Chatillon et Levallois-Perret (commune dotée de l’un des rares monuments aux morts considéré comme pacifiste)...

Inauguration du monument aux morts de Montrouge

07 mai 1922

Lettre de Lucien à Marguerite :

« Je t’ai dit hier que je croyais que le chef de bataillon allait me faire avoir une citation ; ça y est, j’ai été proposé hier soir ; je te mets le motif dans ma lettre pour que tu le vois ; c’est le fourrier du bataillon qui me l’a copié ; j’ai bien gagné ça et comme je te disais je m’en suis bien sorti de commander la Cie dans ces durs moments. »

15 octobre 1918

Les anciens combattants

Les médailles militaires

Très tôt se pose la question de la manière d’honorer les combattants de ce conflit hors normes.
Les médailles existantes (Légion d’honneur et Médaille militaire) ont des conditions d’attributions très strictes. L’autre mécanisme de reconnaissance jusque-là existant, celui des citations à l’ordre du jour des régiments, ne peut plus être satisfaisant.
Alors une nouvelle décoration est créée en 1915, à l’initiative du député Georges Bonnefous : la Croix de guerre.

Elle est destinée à commémorer les citations individuelles des militaires,mais aussi des civils et personnels militaires. En 1922, est créée la Médaille interalliée de la victoire, médaille internationale délivrée à tout soldat allié.

Les blessés et mutilés de guerre

Avec la fin de la guerre, plus de 6 millions d’hommes démobilisés reviennent non sans mal à la vie civile. Mais le retour des soldats, blessés ou démobilisés, pose aussi des problèmes d’une nouvelle ampleur.
La première association de combattants est créée en août 1915, quelques jours après la création d’un sous-secrétariat d’Etat au Service de santé. Les associations de mutilés se multiplient alors partout en France, et se structurent en fédérations. Parmi ces mutilés, on compte plusieurs milliers de « gueules cassées », terme désignant des soldats affectés par des séquelles physiques graves, notamment au visage.

Le gala des gueules cassées à Montrouge - 21 juin 1926

L’Union des blessés de la face et de la tête est créée le 21 juin 1921. Grâce à une souscription et à une tombola, elle ouvre une Maison des Gueules cassées à Moussy-le-Vieux (Seine-et-Marne) en 1927.

Les célébrations de la victoire

Extrait du journal L'Excelsior

« Enivré d’enthousiasme, Paris a serré sur son cœur les troupes splendides qui lui apportaient la victoire dans les plis de leurs drapeaux »

15 juillet 1919

En 1919, le premier anniversaire de l’armistice est peu célébré. Les célébrations officielles se limitent à une messe aux Invalides, en présence du maréchal Foch.Cependant, des manifestations fastueuses ont eu lieu le 14 juillet 1919, avec le défilé de la Victoire, rassemblant des mutilés, les troupes alliées et les troupes françaises. Un cénotaphe édifié sous l’Arc de Triomphe reçoit, dans la nuit du 13 au 14 juillet,l’hommage du peuple aux morts pour la patrie.

Le 11 novembre 1920

En 1920, il est prévu de célébrer le cinquantenaire de la République. Symboliquement la décision est prise de transférer le cœur d’un des pères de la République, Léon Gambetta, au Panthéon. La date retenue est celle du 11 novembre, afin d’associer à ces célébrations la mémoire des anciens combattants. Le 11 novembre est d’ailleurs déclaré férié.

Mais à quelques jours de cet événement, un article de presse souligne que les britanniques vont déposer à Westminster le corps d’un soldat inconnu, symbolisant le martyr des soldats. Très rapidement, l’opinion publique réclame que le gouvernement français fasse de même.Un projet de loi, déposé dans l’urgence, est discuté le 8 novembre 1920. Il est décidé d’associer la cérémonie du transfert du corps du soldat inconnu à celle du cinquantenaire de la République et à la translation du cœur de Gambetta. Le 10 novembre, en fin de soirée, l’urne contenant le cœur de Gambetta quitte sa maison des Jardies,à Sèvres, où il était conservé depuis 1883. Elle est rejointe à Paris par le cercueil du soldat inconnu. Le lendemain, un imposant cortège accompagnant les deux dépouilles, quitte la place Denfert-Rochereau pour le Panthéon, puis l’Arc de Triomphe. Mais dans la mémoire collective, ce 11 novembre 1920 restera le jour du transfert sous l’Arc de Triomphe du corps du soldat inconnu, et non pas de la translation du cœur de Gambetta au Panthéon.

Roland Dorgolès dans l'Excelsior

« Sur son cercueil, on vient de fixer une plaque de cuivre : « le soldat français », et ces trois mots terribles m’ont serré le cœur. LE soldat… oui, c’était bien un mort qu’il fallait pour les incarner tous »

11 novembre 1920

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